Une nuit sans sommeil

Certaines rencontres peuvent changer le court de votre vie… le mien a changé il y a une dizaine de jours, maintenant.

Ce fut une brève mais intense rencontre… littéraire. J’ai dévoré en quelques heures un livre sur les insomnies. Je l’ai adoré et j’ai du noircir au moins dix pages de notes.

Le sommeil fait partie de ces choses que l’on a de très, voire d’irréductiblement, personnel. On partage sa vie. On partage son lit. Même les amants les plus fusionnels sont seuls dans leur sommeil. Même l’enfant, dans le sein de sa mère, a un sommeil, bien distinct, secret… que les parents cherchent à appréhender.

On passe un tiers de sa vie à dormir. On passe 100 minutes par nuit à rêver… en ne nous souvenons que d’une infime part, voire de rien.

Mon tourment à moi, c’est le sommeil.
Si j’avais bien dormi toujours, j’aurais jamais écrit une ligne.

Céline, Mort à crédit

 

Je ne dors pas
Entre les différents insomniaques, les hypervigilants… et que sais-je d’autre, la nuit nous appartient, oui, oui. Je ne vous rappellerai pas les cycles du sommeil, je ne vous redonnerai pas les conseils pour bien et mieux dormir. Mais, je vais vous poser une question : en quoi est-ce problématique de mal, ou peu, voire pas dormir ? Je sais, vous allez me répondre que l’on ne sent pas bien, que l’on a mal à la tête, mauvais réveils, anxiété… Certes, mais lorsque l’on met de côté l’aspect négatif (quand on peut) un nouveau monde, une nouvelle voie s’offre à nous. Je vous explique…

Et si dans les moments de réveil, d’absence de sommeil,
on pouvait y trouver du plaisir ?

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Mettons de côté immédiatement les obsessionnels du ménage, du travail : eux c’est une catégorie à part. On peut mettre la nuit à profit, en imaginant, en créant, en écrivant, en fabriquant, en concevant, en résolvant, en prétendant…

Que pouvons-nous faire lors de ces réveils nocturnes ?

A cette question, certains répondent : j’écoute le silence, je regarde ma ville par la fenêtre, j’écris des lettres à mes amis, je reste au lit et je réfléchis car dans la journée je n’ai pas le temps, j’écoute de la musique, je rédige mon journal intime… Toutes ces actions sont profondément  intimes, personnelles, individuelles. Ce sont des heures où l’on est soi, sans aucune concession familiale, professionnelle. Au lieu d’être investi par des idées noires, ces moments sont ceux d’une expression sincère de sa personnalité. C’est pour cela qu’insomnie et création font bon ménage. Non, que les créatifs et créateurs soient tous insomniaques, mais si l’on croit la sagesse populaire, la nuit est un véritable laboratoire d’idées, de fabrication, de pensées, de création dans les arts les plus variés.

La nuit et l’écriture
L’insomnie, comme refuge privilégié de l’écriture est une notion bien ancrée en Occident. Cet état d’éveil, de manque, de transe ( et d’excitation, parfois) favorise l’activité de haute vigilance qu’est la création littéraire. Laissons de côté les « faux insomniaques », les auteurs qui écrivent tout simplement la nuit… Balzac et George Sand.
Balzac aurait bien aimé dormir s’il n’avait pas été pourchassé par ses créanciers. Il buvait des litres de café pour rester éveillé et se plaignait d’être à moitié mort ! La nuit est un moment privilégié où Balzac pouvait travailler en continu, seul et sans crainte d’être dérangé. Dans les nombreuses périodes d’urgence que Balzac connu, il dormait 4 ou 5 heures par nuit, de 19h à minuit, puis se mettait à écrire. Il dormait le temps minimal pour être en état d’écrire à nouveau.
Quant à George Sand, c’était une petite dormeuse qui passait ses nuits à noircir des pages de correspondance, de romans ou de mémoires, qu’elle date « Nuit du tant au tant ». La nuit était en effet le seul moment distrait à ses enfants et à se obligations sociales. Elle recherchait la paix. Elle écrivait en général de minuit à l’aube, en s’aidant de café et de cigarettes. Cinq heures de sommeil lui suffisait, elle se couchait à l’aube et se levait pour le déjeuner.
Comme beaucoup de créateurs, tous deux dissociaient le sommeil de la nuit, sans que l’on parle d’insomnie, hormis celle induite par leurs habitudes nocturnes : retard de phase pour George Sand et déphasage complet avec privation pour Balzac. La logique est de relier la rédaction à l’insomnie, car la nuit fournit un moment de solitude sociale.

 

 

 

 

 

 

 

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