L’histoire d’une femme

Comme dans un écrin précieux, un joli petit théâtre de province a cru bon d’accueillir Muriel Gaudin ce vendredi soir dans la fraîcheur de novembre. Et il a bien fait, à juste raison. La comédienne nous accueille avec des pastilles à la menthe en récompense de bonnes réponses aux questions sur la place de la femme dans notre société. Introduction de circonstance avant que la salle ne se remplisse. Le sujet est lancé, le spectateur est dans l’ambiance. La lumière se tamise, la pose est prise. Show must go on. Dans l’eau sale du bain, la salle est jetée dès la première minute. Une femme à terre suite à une main aux fesses d’un passant que son geste fait rire. Un attroupement masculin qui ne sait que faire, qui appeler… oh et puis finalement elle ne va pas trop mal cette femme au sol et puis ces hommes ont d’autres choses à faire… Passons à autre chose.

Et bien non, justement nous ne passerons pas à autre chose, cette femme est le centre de la pièce. Décor minimaliste : une chaise, une desserte sur laquelle une bouteille d’eau et un verre que la comédienne brandira tels des trophées à certains moments. Des escarpins hauts et rouge, emblème de féminité provocante gisent là au sol. Muriel Gaudin nous invite, (non, elle ne nous invite pas, elle nous fait basculer, elle nous plonge, bon gré, mal gré) dans cet univers masculin, sexiste, machiste, vu par une femme. Même pas vu par une femme, vécu, subi par une femme serait plus juste. Cette société créée par des hommes, bâtie sur des évidences, des concepts masculins, là où la phallocratie a toute sa place. Là où la femme a sa place (toute petite et pas trop imposante… faut pas pousser quand même, manquerait plus que ça). L’histoire d’une femme, c’est un long monologue pendant lequel Muriel Gaudin prend tour à tour la voix des hommes qui rôdent dans la vie de cette femme. Cette femme qui au fil des minutes se coupe de ce monde masculin, finit par ne plus répondre à ses attaques grivoises, vulgaires. Muriel Gaudin débite à rythme frénétique parfois, un flot de paroles, laisse de côté cette femme avec un homme, pour y revenir quelques instants plus tard. Les scènes s’enchainent d’un personnage masculin à l’autre, pour retourner à l’un des précédents. La voix, l’attitude, le sujet sont graves, la comédienne nous entraine, nous dérange parfois crûment par le flux de paroles brutales et sans ambages comme peut l’être le contact avec les hommes, mais pas tout le temps. One woman show en lutte contre l’univers phallo-macho-sexiste dans lequel nous vivons.

Et nous, que ferions-nous devant cette femme gisant là sous nos yeux ?

Texte et mise en scène de Pierre Notte, aussi étonnant que cela puisse paraître, les mots sont ceux d’un homme relatant les maux des femmes.

 

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