Les amants terribles

Admiration, colère, émulation, jalousie : Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle furent le couple infernal de l’expressionnisme abstrait. La peintre américaine et l’artiste québécois ont partagé leurs vies pendant 25 ans, entré fécondité et tumulte. 

Ses amis, la surnommaient « Sauvage » : langue bien pendue, franche et directe, volontairement provocatrice, Joan Mitchell ne se laissait pas faire, ni par la vie, ni par les hommes. Seul Jean-Paul Riopelle réussi à l’apprivoiser. Ce peintre québécois, tout aussi doué et passionné.

Joan devient autant sa muse que sa rivale. 
C’est à Paris, en 1955, qu’ils se rencontrent. Elle, a tout juste 30 ans et c’est au cours d’une soirée qu’on lui présente Jean-Paul, âgé de 32 ans, dont la carrière est plus avancée. Il est  attaché dès son arrivée au surréalisme d’André Breton. Déjà, de nombreuses expositions lui sont consacrées, en Europe et aux Etats-Unis.

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Peu de temps après leur première entrevue, Jean-Paul vient frapper à la porte de son atelier avec en guise de bouquet des toiles roulées. Leur histoire peut commencer. Ensemble, ils partagent la bohème de Montparnasse et fréquentent Giacometti, Calder, Beckett, Wou-Ki et Schneider, critique d’art, ou des marchands comme Pierre Matisse.

Pendant plus de 5 ans, ils vivent leur histoire à distance. Lui, à Paris. Elle, dans son atelier new-yorkais. Ils se retrouvent tous les étés en France. Outre Atlantique, Joan commence à se faire un nom, avec son geste puissant, son pinceau large et dévastateur, ses tableaux sans limite. Et tout comme lui, brûle la chandelle par les deux bouts. Rapidement, elle s’impose comme le nouvel espoir de l’expressionnisme abstrait, seconde génération. Riopelle la marque, son oeuvre et elle,  de son lyrisme.

Folie complémentaire
Riopelle avoue très vite son admiration dans une lettre qu’il lui adresse en 1958 alors que son absence lui pèse : « Je suis à l’atelier où je viens de tenter de travailler la gouache. Je ne sais pas si cela a marché mais je suis plus content puisqu’après tout, ces grandes gouaches de 3 pieds par 3 ressemblent à des tableaux de toi, mon amour. Je suis devenu ton élève modèle, j’ai même compris que la nuit pouvait être employée à l’insomnie ».

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En 1959, Joan le rejoint dans son atelier du XVe, où ils résident tous les deux. L’alcool, la violence et le quotidien ne les aident pas à trouver l’apaisement. Chacun créé de manière très secrète de son côté et dans la solitude sans jamais collaborer : leurs abstractions se rejoignent sans jamais se mélanger. Ils passent à une échelle plus grande en peignant des diptyques, des triptyques de très grand format, avec comme principal sujet, la nature, qu’ils affectionnent tant. A partir de 1968, ils s’installent dans le Vexin, où une certaine paix s’empare d’eux.

La Vie en rose
En 1979, il la quitte.
Le moindre désaccord devient de plus en plus tumultueux, les colères, ainsi que les jalousies s’attisent. Presque tous les jours Jean-Paul est à Meudon dans son atelier, où il pratique la sculpture, quand il ne part pas chasser au Canada.
Séduit par une amie du couple, il finit par rompre. Joan avait prédit la fin de leur couple dès 1973 dans ses oeuvres. Dorénavant, solitaire, Joan se plaint de son statut de femme artiste méconnue. Elle devient aussi bien admirée qu’acariâtre, personnalité romantique, ouverte à la poésie, à la nature et aux autres (même si ce n’était pas pour leur faire du bien, en général). Sa peinture demeure sa plus belle colère.

Ce qu’il y a de tragique ici,
c’est la démonstration que le pire désespoir devient,
en peinture bonheur. 

Voilà ce qu’écrit Pierre Schneider à propos de la dernière décennie de création de Joan : « la peinture est ce métabolisme. L’enfer peut la réduire au silence, mais quand elle parle, c’est du paradis ». En 1979, année de leur rupture, Joan intitule son quadriptyque le plus rageur La vie en rose : un orage de noir et de rose.

Quand Jean-Paul apprend la disparition de son amour, frappé par le cancer, il se lance en 1992 dans une création acharnée d’un Hommage à Rosa Luxembourg, une fresque de 30 toiles, lettre d’amour à sa belle, qu’elle seule aurait pu lire tous les détails.

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One Reply to “Les amants terribles”

  1. En voyant certains de leurs « chef d’oeuvre » du coup je suis moins complexée avec le pinceau. Il y a des choses qui m’échappent 😁 dans l’art.

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Commentissimi

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